De la cicatrisation cutanée à la cicatrisation psychique, le temps de la cure thermale.

Catégorie : Accompagnement psychologique

paix intérieureJoël Pacoret :

Le temps de la cure thermale, situé après la période aigüe de traitement de la brûlure, précède le retour à la vie normale. La prise en charge psychologique des patients durant cette période nous a amenés à proposer plusieurs étapes thérapeutiques spécifiques. Si je parle de « cicatrisation psychique » c’est pour imager, pour mettre en parallèle cicatrisation physiologique et vie psychique du patient. Aussi je ne retiendrai que quelques mots-clés pour illustrer ce parallèle, cette métaphore : la cicatrisation cutanée est une réparation, et non pas une véritable régénération du tissu lésé. Dans le cas particulier des brûlures, on connaît l’importance de l’état de l’épithélium sous-cutané, c’est à dire… du « terrain ». Et pour les brûlures greffées, des chéloïdes et des rétractions apparaissent. On note enfin l’influence de forces s’exerçant sur la blessure pour l’alignement des fibroblastes. Les propriétés de l’eau doivent intervenir sur ces différents facteurs. Mais participer à la cicatrisation psychique c’est organiser une prise en charge psychologique dans le sens de la cicatrisation cutanée, complémentaire de l’action de l’eau thermale. C’est à dire une action réparatrice, qui traite le terrain, tient compte des forces s’exerçant sur la blessure et lutte contre les chéloïdes.

Agir sur l’environnement parental d’un enfant peut-être une action réparatrice

Pour illustrer cette prise en charge, je parlerai d’une petite Lily. Et dans le cas d’un enfant, agir sur « les forces s’exerçant sur la blessure», c’est agir avec l’environnement parental : c’est le but de la consultation psychologique : faire un état des lieux à distance du traumatisme, lorsque l’idée de séquelles commence à se préciser. La réalité s’impose et les mécanismes de défense ne sont plus aussi opérants.

Lily a 7 ans lorsqu’elle vient en cure après une brûlure greffée siégeant autour de l’œil, de la racine des cheveux au milieu de la joue. Je la reçois en consultation psychologique, accompagnée par ses deux parents. Tout de suite à l’aise, elle profitera de la consultation pour se recoiffer avec coquetterie : elle va presque trop bien. La mère est débordée par la tristesse. Elle est très inquiète. Le père dédramatise mais exprime une blessure narcissique liée aux séquelles de la brûlure. Il dit aussi ses difficultés à investir les soins. Lily présente une configuration habituelle de parents complémentaires mais assez opposés dans la conduite à tenir.

Cette situation est culpabilisante pour l’enfant qui se sent cause de cette discorde. Pour la sortir de cette situation, la consultation familiale s’emploie d’une part à interpréter le conflit dont l’enfant est l’objet ; d’autre part à lui montrer la complémentarité de la réaction de ses parents. On favorisera aussi, dans la mesure du possible, l’expression de sentiments réactionnels non-dits. Les sentiments réactionnels non-dits sont ici l’équivalent, du côté psychique, des  « forces s’exerçant sur la blessure » dont je parlais plus haut. Il y a chez la mère la crainte des séquelles esthétiques et chez le père la plainte qui rend sa participation aux soins difficile.

Verbaliser ces sentiments est facilité par un groupe qui réunit des parents dans la même situation. Leurs échanges sont animés par une éducatrice et un psychologue pour favoriser la dédramatisation et le partage d’expérience, et les sort de leur isolement. Cette étape soulagera Lily de l’obligation d’aller bien pour soutenir ses parents. Les difficultés que rencontre le père à participer aux soins sont liées à la blessure qu’il subit de l’image de sa fille et se traduit par une gêne au contact.

L’atelier de pommadage : une remédiation au toucher

L’atelier de pommadage, en insistant sur la technique, propose une remédiation de ce toucher. Ce groupe se déroule en binôme parent enfant ou en groupe, avec l’éducatrice spécialisée. Il s’agit de rendre à nouveau possible ce geste porteur d’affection ce qui favorise le réinvestissement de sa peau par l’enfant. Enfin pour parler de « réparation » il faudra la participation de tous les soignants. Ils doivent être sensibilisés et formés tant au regard qu’au toucher. Regarder et toucher une jeune patiente traumatisée de la face suppose en effet bienveillance et congruence. Ces attitudes professionnelles vont permettre aux parents d’être guidés, et donc moins désemparés. C’est la cohésion de l’équipe qui constitue alors une sorte de communauté, d’enveloppe protectrice mais qui ne doit pas être trop isolante pour Lily. Trop protectrice, elle l’empêcherait d’élaborer les difficultés qu’elle rencontre et l’isolerait dans ses propres mécanismes de défense ou ceux de ses parents. Il s’agit d’éviter de renforcer ces « chéloïdes » psychologiques que sont les mécanismes de défense. Cette approche du patient nécessite une forme de tact acquis par l’analyse de la pratique. Agir sur le terrain, en tenant compte des forces s’exerçant sur la blessure pour favoriser la réparation c’est cela qu’on peut appeler la cicatrisation psychique.

C’est pendant la durée de la cure qu’on peut prendre le temps de cette élaboration. Allier la réparation somatique au psychologique de manière complémentaire, dans le cadre d’une approche centrée sur le patient dans sa globalité. Et c’est en multipliant les modes d’action psychologique qu’on sera le plus cicatrisant.

  • L’acte de réparer est une approche interdisciplinaire centrée sur le patient : regard, toucher.
  • Epithélium sous-cutané : consultation psychologique
  • Forces s’exerçant sur la blessure : réunion parents + atelier de pommadage

Le rôle du psychologue dans la cicatrisation psychique

« Participer à la cicatrisation psychique » est une fonction qui m’a permis d’établir les limites de ce cadre spécifique. Cette représentation des processus psychologiques en cours chez le patient correspond aux adaptations des concepts développés dans le traitement de la brûlure. Avec les cas rencontrés, la relation peau du Moi – peau organe lésé prend une dimension quasi palpable. S’il arrive à poser un cadre, il devra l’adapter aux conditions de son exercice dans ce service. Nécessité de communauté protectrice mais cicatrisante pour le psychisme des patients.

Le psychologue s’intègre dans le dispositif de soins apporté au patient. Représentant du psychique, on lui attribue la fonction de réparer ce que le traumatisme de la brûlure a lésé. Il est ainsi l’espace psychique commun entre soignant et soigné, sorte de médiateur implicite, de tiers « extérieur ». Il sert d’interface lorsque l’empathie est débordée et / ou l’identification dangereuse. Ceci explique les demandes de soutien plus souvent exprimées par l’équipe que par le malade. Il faut que quelqu’un entende ce que ressentent les soignants de la souffrance psychologique du brûlé. Douleur psychique difficilement maintenue hors du Moi par un patient dont toute l’énergie est mobilisée à « sauver sa peau ». La cicatrisation de la peau lors des traumatismes de le face doit s’accompagner d’un travail psychologique. Il finit par délimiter un espace intersubjectif, celui de la cicatrisation psychique.

Source : Interview de Joël Pacoret, psychologue à la station thermale de La Roche Posay : www.joel-pacoret.fr

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Article publié le 01/07/2011
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